LES AMIS DU BOIS DE VERRIERES
5, rue de l’Epargne
92 320
CHATILLON
FRANCE
tel : 09 66 82 99 67.
Osmoderma eremita Scop.
Disparition programmée ?
La
disparition du Pique-prune est inévitable. Pour la simple raison que son
habitat gêne. Hôte des vieux arbres creux, il est victime de sa spécialisation.
Les arbres creux gênent partout : dans les haies, les forêts, les avenues, les
jardins, les places de village. Partout il devient impérieux de les éliminer
pour les remplacer. Les collectivités veulent une nature aseptisée, tondue,
taillée, plantée, entretenue, nettoyée, alignée au cordeau. Un juteux marché d’ entretien des espaces verts et de vente de bois de
chauffage, propose de débarrasser l' environnement de ces intrus pourtant
indispensables à la nature, à grand renfort d’ arbres de pépinière chèrement
payés. Pourtant ces arbres creux procurent un abri à une multitude d’ animaux. A tel point qu’il devient nécessaire de
suspendre dans les arbres des boites en bois pour compenser leur absence. La
nature sans arbres creux est une nature mutilée. Les mesures de protection
prisent pour sauver le Pique-prune sont totalement inutiles, contre productives
et même nuisibles. En traitant une cause imaginaire, on évite d’impliquer les
vrais responsables qui détruisent tous les jours son habitat sans aucune
vergogne. Seul espoir pour lui, les arbres oubliés qui coûtent trop cher à
éliminer. Dans les forêts domaniales, aucun espoir, les coupes rases sont la
règles et les quelques vieux chênes préservés sont entourés de déserts
biologiques.
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Taupont F-56 (2004) Les arbres creux étaient innombrables en cet endroit, berceau de mes vacances enfantines. Aujourd' hui l’ agriculture industrielle a détruit la nature qui cohabitait avec elle. |
Miraculeusement quelques
vieux chênes de mon enfance ont survécu dans un camping près du Lac au Duc.
Taupont F-56 (2004). |
Il mesure jusqu'à 35 mm. Il
est trapus, brun rougeâtre et occupe toute l'Europe. C'est un lamellicorne
comme le hanneton. Le genre comprend une dizaine d'espèces très proches, que
l'on peut rencontrer dans tout l'hémisphère nord, depuis le Canada jusqu'au
Japon. Il existe quelques proches parents dans la zone tropicale.
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Osmoderma eremita Scopoli. 25/34 mm. Ft de Fontainebleau, la Tillaie F-77. |
Osmoderma eremita Scopoli. 25/34 mm. St-Jean-Pied-de-port, rte de Chateau Pignon F-64. |
Quels sont ses habitudes et
son rôle écologique ? : Il fréquente les vieux arbres creux : chênes,
châtaigniers, saules, hêtres, platanes. Il pond ses oeufs dans le terreau ou le
bois dégradé des cavités suffisamment réchauffées par le rayonnement solaire.
Il est diurne et sort peu, il circule d'une cavité à l'autre et on connaît mal
son régime alimentaire. En élevage, il accepte les fruits mûrs. Il sort en
juillet août et sa longévité n'excède pas quatre semaines. Les mâles, sont
belliqueux et se livrent à des joutes pour la conquête des femelles. Celles-ci
pondent de trente à soixante oeufs blancs dans le terreau humide qu'elles
compactent. A leur naissance, les petites larves grignotent le bois pourrissant
autour de la cavité et leurs déjections constituent le terreau qui occupe le centre de la cavité. La larve se développe en deux ans et
atteint 6 cm. En automne, elle se construit une coque de sciure agglomérée dans
le terreau. Elle passe l'hiver en diapause, enfermée dans cette coque, et ne se
nymphose qu'au printemps. Ce dernier stade dure plusieurs semaines, ce qui
explique l'apparition tardive de cette espèce contrairement aux autres cétoines
hibernantes que l'on peut observer dès le printemps. Les coléoptères suivent le
même schéma de développement que les papillons : œuf larve nymphe imago
(insecte adulte). Notre "Pique-prune" est donc un habitant du dernier
stade évolutif de la forêt et constitue un agent du recyclage de la matière
ligneuse. Dans une forêt naturelle, le bois n'a pas pour rôle de finir en
planches ou bien en pâte à papier mais de retourner au sol afin de restituer
ses éléments nutritifs aux générations suivantes. La litière forestière est
constamment alimentée par un apport végétal et animal, et une multitude
d'invertébrés s'active à tous les niveaux de ce processus. Chacun a sa
spécialité et utilise une fraction bien précise de la ressource disponible. De
nombreuses espèces vivent en association ou en rivales et ce milieu apparemment
simple fait intervenir un nombre d'acteurs considérable qui fait la richesse du
biotope forestier. Osmoderma occupe donc le dernier stade évolutif de la forêt
et favorise la régénération par son rôle de "recycleur". Il commence
le recyclage alors que l'arbre est dépérissant mais debout. Lors de la chute
naturelle de l'arbre une partie du travail est déjà effectuée.
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Ft de Fontainebleau F-77: " Bas Bréau ",
parcelle 878 (1984). Sur d'immenses surfaces, le milieu naturel d'
Osmoderma et de toutes les espèces qui l'accompagnent est détruit durablement
en ne lui laissant aucune chance de survie. |
Ft de Fontainebleau, "Fosse à Rateau"
(parcelle 291) F-77 . (jan 1984). Quantitié d’ arbres
creux transformés en bois de chauffage. L' espèce
est défibitivement détruite de cette parcelle. |
Dans le passé, cette espèce
a été fort abondante, au point que le monde rural qui l'observait souvent, l'a
affublé de ce nom vernaculaire : Pique-prune. On pouvait le rencontrer jusque
sur les places des villages où il se nichait dans les vieux arbres creux.
L'espèce devrait être présente dans toutes les forêts de feuillus de France.
Qu'elle est sa situation
actuelle ? Il s'est énormément raréfié et a disparu de la plupart des forêts
domaniales où, lorsqu'il est encore présent, il est à la limite de l'extinction.
En zone rurale, il était commun dans les haies constituées de chênes ou de
saules "têtards". En France, il est encore abondant au Pays Basque,
dans les Alpes du Sud et dans les châtaigneraies du Massif Central. Osmoderma
ne disparaît pas tout seul, il s'éteint avec les centaines d'espèces qui
habitent avec lui et dont il est le "porte flambeau". Il est victime
d'une gestion de l'espace qui ne permet pas le maintien des espèces les plus
sensibles. Des pans entiers de notre faune entomologique disparaissent et pas
seulement quelques espèces spectaculaires.
La disparition des haies ou leur remplacement par des
arbustes exotiques, les traitements chimiques l'ont fait disparaître du paysage
rural moderne. Il ne s'est maintenu que dans les régions où le bocage est
cloisonné par des haies âgées.
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Ft de Fontainebleau F-77 : " route de l'Epine
". La forêt est dévastée et de nombreuses espèces sont détruites. Signe
inquiétant : les espèces communes se raréfient également. (
photo CPNF ). |
Fontainebleau
F-77 (mars 1982). Larve au dernier stade, trouvée dans un tronc de
chêne abattu. |
Dans les forêts, surtout
domaniales, la situation est préoccupante. Plusieurs facteurs se conjuguent
pour provoquer l'extinction de l'espèce. Le dernier stade évolutif de la forêt
n'existe plus, les arbres étant abattus au tiers de leur espérance de vie. Les
arbres creux sont éliminés car sans valeur commerciale. L'apparition de ces
arbres creux est d'ailleurs évitée désormais par une sélection précoce qui ne
conserve que les sujets d'intérêt économique. L'espèce s'éteint donc, faute de
ressource. Sa niche écologique est éliminée méthodiquement du milieu forestier.
Le remplacement des feuillus par des résineux et les traitements chimiques complètent ce processus irréversible d'extinction. La forêt
à structure simplifiée, où toutes les niches écologiques ne sont pas conservées
ne permet le maintien que des espèces les moins exigeantes donc les plus
banales. Les forestiers sont informés de très longue date que leur gestion appauvrit
le milieu naturel mais rien ne semble entamer leur volonté de transformer nos
forêts en usines à bois. Le prélèvement de bois qu' ils
effectuent est écologiquement excessif et ne laisse que quelques miettes à la
multitude d' espèces dont c'est la seule ressource.
Les espèces dites communes
sont également affectées par le phénomène de raréfaction.
Toutes les données
géographiques, éthologiques disponibles aujourd'hui sont le fruit d'un travail
minutieux effectué par des générations d'entomologistes amateurs ( trop peu nombreux ). Ils ont patiemment, grâce à leurs
observations et de leurs collections, amassé et diffusé quantité d'informations
qui permettent aujourd'hui d'évaluer la situation passée et présente de cette
espèce. Les entomologistes ont tiré très tôt la sonnette d'alarme devant le
désastre écologique qui se profilait. Les législateurs, alertés, ont décidé
qu'il fallait protéger ce précieux scarabée, ainsi que plusieurs autres tout
aussi menacés. Notre patrimoine naturel s'évaporait, il fallait faire quelque
chose. Tout décideur de bon sens aurait préconisé une protection adaptée à la
menace qui pèse sur la dite espèce. Qu'en est-il dans la réalité ? Voici un
extrait de la loi du 22 juillet 1993 qui évite scrupuleusement de s'attaquer
aux vraies causes de l'extinction de l'espèce : " Sont interdits, sur tout
le territoire national et en tout temps, la destruction ou l'enlèvement des
oeufs, des larves et des nymphes, la destruction, la capture ou l' enlèvement,
la préparation aux fins de collections des insectes suivant ou, qu' ils soient
vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur mise
en vente, leur vente ou leur achat : ......( suit une liste d'espèces ) ...
Pique-prune. Osmoderma eremita Scopoli." En résumé, le responsable est le
vilain collectionneur mercantile. Portrait bien éloigné de l'entomologiste
ordinaire qui voit avec désolation la nature se vider de ses richesses.
Nulle part n'apparaît
explicitement la protection du milieu naturel qui était la seule vraiment
nécessaire à notre Pique-prune. Par contre, un effet pervers de cette lois
désigne implicitement les entomologistes, pourtant très attachés à la
conservation des espèces et dont les prélèvements étaient insignifiants, comme
responsables. Il faut le faire ! Seuls, des professionnels de la dialectique
pouvaient retourner une situation pareille en accusant des innocents et en
exonérant les destructeurs. La seule faille au raisonnement est que lorsqu'on
détruit un milieu on enfreint quand même les termes de la dite loi. L'aménageur
du territoire qui construit une autoroute se retrouve face à une loi qui ne lui
était pas destiné mais qu'il est tenu de respecter comme tout un chacun.
Mais n'oublions pas que la principale menace qui pèse
sur l'avenir de Pique-prune est le traitement destructeur effectué par les
forestiers sur d'immenses surfaces et non pas la destruction ponctuelle d'une
population, certes condamnable.
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Ft de Fontainebleau F-77 (parcelle 277) Réserve biologique du "Gros Fouteau". |
Ft de Fontainebleau F-77 (parcelle 277) Réserve biologique du "Gros Fouteau". |
Les forestiers sont les
principaux responsables de la disparition d' Osmoderma mais sont-ils tenus de
respecter les lois de la République ? Ont-ils une seule fois été inquiétés ? Un
exemple est édifiant : Osmoderma occupait presque toute la Ft de Fontainebleau
jusqu'en 1970. Actuellement, il ne subsiste plus que dans les réserves
biologiques qui sont des confettis dans un océan de destruction. En trente ans,
cette forêt a subi de tels préjudices qu' il faudrait
plusieurs siècles sans intervention sylvicole pour que l' espèce puisse
recoloniser l'espace à partir des vestiges de populations présents dans les
réserves. En Ile-de-France, il n'existe, à ma connaissance pas d'autres
populations viables. L'espèce est éteinte dans la majorité des forêts
domaniales. La station la plus proche, se trouve en Ft de Compiègne mais est en
cours de destruction.
L'avenir de notre Pique-prune
se trouve entre les mains de l'ONF dont il est permis de douter qu'il ait la
moindre sensibilité pour la préservation de cette espèce menacée. S'il est
devenu célèbre malgré lui, ce scarabée ne s'éteint pas tout seul : des
centaines d'espèces le suivent. Pour être efficace, une loi est comme un
traitement médical, elle doit s'attaquer à la racine du mal. L'aménageur
provoque des destructions ponctuelles mais le gestionnaire forestier provoque
des destructions massives bien plus graves. Ils sont donc tout les deux
responsables et coupables, mais le deuxième, bien plus que le premier, qui lui,
n'est jamais inquiété.
Daniel Prunier.
Info transmise par mon
ami Theo Dirksen :
Il arrive que des
peuplements artificiels soient bénéfiques à la nature car ils constituent des
milieux n' existant plus en forêt exploitée. Située à
Tanlay dans l' Yonne (89), cette plantation de tilleuls est unique. Agée de 150
ans, elle a attiré plus de 50 espèces remarquables de coléoptères devenus rares
dans les forêts dévastées par la sylviculture.

Cette plantation est menacée de destruction par le
conseil Général de l' Yonne.
Pour la simple raison qu' elle
menace le public lors de grands vents. C' est prendre
le public pour des demeurés !!!
Qui se promène sous les arbres lors de tempêtes ? Même dans les forêts domaniales les arbres
tombent par milliers lors des tempêtes.

Le tilleul est une essence qui peut dépasser les 5
siècles, il est donc faux de les accuser de vieillesse "dangereuse".
Cette plantation abrite une colonie d' Osmoderma
eremita, elle est de ce fait interdite de destruction. Je rappelle à notre CG qu' il est interdit de détruire ou déplacer cette espèce
tant à l' état d' œuf, de larve ou d' adulte.

Le tilleul est une essence indigène d’intérêt
écologique qui abrite nombre d’espèces de notre patrimoine naturel.
Il est surprenant que des représentants nationaux
décident la destruction d' un milieux abritant des
espèces protégées par
la loi.
Nous encourageons vivement la conservation de ce milieu exceptionnel. Ce qui
fera des économies à la collectivité.